Cyrano de Bergerac, les 120 ans d'une icône

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Le 28 décembre 2017, La pièce d’Edmond Rostand, « Cyrano de Bergerac » fêtera son cent-vingtième anniversaire. Après plus d’un siècle, l’œuvre connaît toujours un même succès. Elle se distingue actuellement comme la pièce la plus jouée du théâtre français.

« Oui, ma vie,
Ce fut d’être celui qui souffle – et qu’on oublie ! » (Acte V scène VI)
L’oubli ? Monsieur de Bergerac, vous n’y êtes pas encore tombé et, encore de nos jours, les vers d’Edmond Rostand retraçant vos hauts-faits résonnent dans les théâtres.

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Le 28 décembre 2017, la pièce de Rostand, « Cyrano de Bergerac » fêtera son cent-vingtième anniversaire. Après plus d’un siècle, l’œuvre connaît toujours un même succès. Elle se distingue actuellement comme la pièce la plus jouée du théâtre français.
En 1897, Edmond Rostand a vingt-neuf ans. Il débute alors l’écriture de ce qu’il déclare être une « comédie héroïque ». Depuis longtemps fasciné par le personnage historique de Savinien de Cyrano de Bergerac, il en fait son héros mais en modifie allégrement la personnalité. L’écrivain libertin du XVIIème siècle devient, sous la plume de Rostand, un poète héroïque au grand cœur affligé par son nez difforme.

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L’œuvre
La pièce est en cinq actes et en alexandrins. La scène prend place en 1641. Cyrano est un mousquetaire fougueux, appartenant à la compagnie des Cadets de Gascogne.
Il est éperdument amoureux de sa cousine Roxane mais n'ose pas se déclarer car elle est belle et il est laid, affligé d'un énorme nez.
Par amour pour elle, désespéré, il accepte de protéger son rival Christian et va même jusqu'à l'aider à séduire Roxane. « Rimeur, bretteur, musicien » comme il se définit lui-même, Cyrano offre à Christian ses talents littéraires pour conquérir le cœur de Roxane. Elle tombe alors amoureuse de Christian, aimant par-dessus tout la tournure de ses lettres et les déclarations enflammées qu’il lui fait, sans savoir que Cyrano les lui souffle, tapi dans l’ombre. La guerre contre les espagnols éclate. Cyrano et Christian partent pour Arras avec leur régiment. La veille du départ, Roxane et Christian se sont mariés. Désespérée, la jeune femme rejoint le front quelques semaines pus tard pour y retrouver son époux dont les lettres quotidiennes lui font chavirer le cœur. Mais peu après, les espagnols attaquent et Christian est emporté par une balle.
Le dernier acte se déroule quinze ans plus tard. Roxane, inconsolable s’est retirée dans un couvent. Elle y passe de mélancoliques journées ponctuées par les visites de son cousin Cyrano qui la distrait.
Mais un soir Cyrano vient en retard. Il semble exténué. Cependant la conversation s’engage et les deux cousins parlent du passé. Roxane ressort, tremblante, la dernière lettre trouvée sur le cœur de Christian après sa mort. Elle la donne à lire à Cyrano. Il prend le papier et, sans le regarder, récite le texte par cœur. D’un coup, Roxane comprend tout. Mais Cyrano défaille soudain. On lui découvre une large plaie à la tête, jusqu’ici cachée par son chapeau. Dans un dernier monologue, presque délirant, il renoue avec son héroïsme d’antan, provoquant en duel ses vieux ennemis et ses défauts. L’épée à la main, il s’effondre, mort comme il l’avait voulu, avec « panache ».


Un succès sans précédent
La veille de la première représentation, l’auteur était désespéré. Ayant vécu les répétitions comme un cauchemar, il va jusqu’à s’excuser à l’avance auprès de Constant Coquelin qui doit interpréter le rôle titre de l’œuvre. Mais dès la première représentation, la pièce connaît un triomphe incomparable : quarante rappels et le nom de Rostand scandé par la foule durant…vingt minutes ! Tous les journaux d’alors en parlent. « Un grand poète héroï-comique a pris sa place dans la littérature contemporaine, et cette place, c’est la première » écrit à l’occasion Henry Bauër.

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En un an et demi, la pièce est jouée quatre cent fois et atteint les mille représentations en 1900. C’est alors un phénomène unique qui trouve sans doute son explication dans le contexte politique et sociétale du temps.
En cette fin de XIXème siècle, la société française peine à redresser la tête. Encore affligés par la défaite de Sedan, tout juste sortis des luttes intestines de l’affaire Dreyfus, les Français semblent alors avides d’idéal, de panache. Dans une période si troublée, ils ont besoin de nouveaux héros à admirer. Tramant l’intime dans le grandiose, Edmond Rostand parle au cœur des Français et leur redonne idéal et espoir. Sa plume si légère et poignante à la fois ne laisse personne indifférent, à tel point qu’encore aujourd’hui l’œuvre est lue partout dans le monde et jouée très fréquemment.
Son héros est devenu un véritable archétype humain, l’image-même du courage de la grandeur et de l’amour déçu, le fringuant insolent, « grand riposteur du tac au tac ».
Que Cyrano conclue donc lui-même ce propos par ces mots qui résument si bien l’esprit de l’œuvre tout entière et sans nul doute celui de son auteur :
« Oui, vous m’arrachez tout, le laurier et la rose !
Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose
Que j’emporte ; et ce soir, quand j’entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J’emporte malgré vous, et c’est…
C’est ?...
Mon panache. » (Acte V scène VI)

Rédactrice : Pauline Archambault de Vençay
Relectrices : Marine Vialaret, Hélène Penloup, Gaël Le Du