La base de sous-marins de Lorient : le défi d’une reconversion expresse

Image n1 La base de Lorient

Figure 1 : L’actuelle base de Lorient
Source : Archives de Lorient


Communément appelée la base par les Lorientais, cet espace n’est intégré à la ville que depuis une vingtaine d’années. Devenu un lieu de promenade, on ne peut oublier son passé militaire. La reconversion de cette ancienne base militaire a été un véritable défi à relever pour l’agglomération lorientaise...

 

 

De l’armée nazie à la Marine nationale française
Construite sous l’Occupation entre 1941 et 1944 par l’Allemagne nazie, la base de Lorient abrite les sous-marins de la Kriegsmarine. Elle est inscrite plus largement dans le dispositif du Mur de l’Atlantique.

Image n2 Construction de la base de sous mairn de Lorient en 1942

Figure 2 : Construction de la base de sous-marins de Lorient en 1942
Source : Archives de Lorient


Après la guerre, c’est la Marine nationale française qui récupère la presqu’île de Keroman et ses bunkers. Disposant d’un profond bassin, elle sert de base navale pour les sous-marins français. Toutefois, en 1993, la Marine nationale annonce officiellement son départ et la fermeture de la base. La rade n’est désormais plus suffisamment profonde pour accueillir les nouveaux sous-marins lanceurs d’engins. La fermeture est effective en 1997. Le Sirène, dernier des 6 sous-marins de la base, quitte Keroman le 11 février 1997.
Ce départ génère la perte de milliers d’emplois. Il faut rapidement réinvestir cet espace pour qu’il ne tombe pas en friche industrielle.

Un espace à reconquérir
En 1997, la Municipalité lorientaise récupère les 25 hectares de la base. Il faut penser la reconversion du site et son intégration dans la ville. Cet espace militaire en front de mer est coupé de la population depuis 50 ans. La collectivité est d’ailleurs consciente qu’elle est également associée à de nombreux traumatismes. Considéré comme le plus grand ensemble de bunkers européen, le futur projet doit tout de même maintenir cette posture.

Le concept de Futuronaute
Cap L’Orient, nom de la collectivité de l’époque, pense un projet de reconversion dès 1997. Un an plus tard, une société missionnée pour effectuer une synthèse des études, rédige un projet final. Ce travail aboutit à l’élaboration du concept de Futuronaute. Il s’agit de constituer un centre international de « l’homme et de la mer au XXIe siècle » s’appuyant sur 5 pôles majeurs : course au large, stratégies navales, prévention des risques en mer, archéologie sous-marine, pêche et aquaculture. Le vaste chantier débute alors en 2000 pour un budget global de 60 millions d’euros. Il allie intérêts économiques et touristiques.

Un pôle de courses au large, une dynamique économique
Ce site devait devenir un lieu générateur d’activités économiques, donner du travail et constituer un chiffre d’affaire pour les entreprises. L’idée est alors d’accueillir un pôle de courses au large dans lequel des équipes pourraient préparer leurs bateaux et s’entrainer. Les conditions de navigation autour de Lorient sont d’ailleurs idéales. La localisation du pôle permet, en effet, de naviguer à l’abri jusqu’à Groix puis dans les conditions du grand large.
Des interventions sur l’existant de la base sont réalisées dès 2000 dans les alvéoles des blocs K1 et K2. Elles accueillent alors des entreprises de construction de bateaux, de voiles, de moteurs notamment Catana, Lorima ou Marsaudon Composites. Dans la continuité, en 2001-2002, trois hangars sont construits pour des écuries. Ils accueillent les multicoques de courses au large. Plus récemment, en 2010, le centre d’affaires Celtic Submarine a ouvert ses portes. Ses espaces ont été achetés ou loués par des sociétés du secteur nautique.

Image n3 glorieux accueillant un bateau multicoque de course au large

Figure 3 : Glorieux accueillant un bateau multicoque de course au large


Des interventions ont lieu directement sur l’eau. Le port de plaisance est agrandi. Il est séparé en deux parties, d’un côté un bassin spécifiquement réservé à l’accueil des voiliers de course, de l’autre un bassin dédié aux professionnels de la plaisance, aux chantiers et aux loueurs de bateaux.
Ce pôle nautique a rapidement séduit les marins. Skippers et équipages ont fait de ce lieu leur port d’attache.

La présence de skippers et d’équipes de course au large
Dès 1998, Alain Gautier, vainqueur du deuxième Vendée Globe, a investi la base. Par la suite, des grands noms du nautisme choisissent Lorient comme port d’attache. C’est le cas de Jean-Pierre Dick, Jérémie Beyou ou Franck Cammas.
Les 880 mètres de pont et les 6000m² de bâtiments, de hangars et de voileries développent et assoient la base comme pôle nautique européen de courses au large. De nombreux événements nautiques s’y organisent comme le départ de la quarantième édition de la Solitaire du Figaro ou la Volvo Ocean Race.
Mais si le secteur nautique est recherché, il faut aussi faire de la base un espace utilisé par les Lorientais et les touristes.

Image n4 Volvo Race Ocean à Lorient en 2015

Figure 4 : Volvo Race Ocean à Lorient en 2015
Source : sensationocean.com

Une offre touristique autour de la voile
L’activité économique du secteur de la voile devait être accompagnée d’une ouverture touristique. Cap l’Orient avait pour ambition de maintenir vivant la légende d’Eric Tabarly et de ses Pen Duick. Un bâtiment, servant de lien entre la mer et la terre, devait accueillir un espace muséographique autour de la voile et des compétitions maritimes. Cette structure voit le jour en 2008 ; il s’agit de la Cité de la Voile. Le dynamisme culturel et touristique se poursuit deux ans plus tard par l’ouverture à la visite du sous-marin Flore. La base est ainsi devenue un lieu de visite et de promenade.

Image n5 Cité de la Voile de Lorient

Figure 5 : Cité de la Voile
Source : pss-archi.eu

En Bref…
Aujourd’hui, force est de constater que la base est un espace vivant, ayant une véritable dynamique autour du nautisme. C’est donc une véritable « Sailing Valley ». Cet ensemble de bunkers, héritage d’un douloureux passé, apparait aujourd’hui comme le fer de lance du développement économique de la ville.

Rédactrice : Manon Bureau
Correctrices : Laëtitia de Filippis, Laurie Romero, Rachel Sarrue

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